Brainless.

Auteur : Jérôme Noirez
Editeur : Gulf Stream, collection Electrogène
Parution : Mai 2015
Pages : 288

RESUME :

Jason, adolescent médiocre surnommé Brainless, habite Vermillion, petite ville du Dakota du Sud où la
jeunesse s'ennuie. Tous les jours, Brainless se fait une injection de formol, pour ne pas pourrir. Depuis qu'il
est mort, étouffé par une ingestion massive de maïs, les deux hémisphères de son cerveau peinent à communiquer. Son estomac ne digère que de la viande crue. Il a cessé de dormir et de respirer. En dehors de
cela, son quotidien n'a pas beaucoup changé depuis qu'il est atteint du SCJH – le syndrome de coma homéostasique juvénile, une nouvelle maladie touchant les adolescents, de plus en plus répandue aux États-Unis – depuis qu'il est un zombie, autrement dit… Il lui arrive seulement, de temps à autres, de se demander quel goût a le cerveau humain. Mais parmi ses camarades de classe, certains ont des projets bien plus macabres.

CHRONIQUE :
(07 Août 2015)

Brainless a fait pas mal parler de lui. Déjà, il est le premier né de la nouvelle collection de Gulf Stream : électrogène. Cette collection aura apparemment pour but d'adopter des livres pour les ados et jeunes adultes, et je crois ne pas me tromper en disant qu'il s'agira de one shot. Je pense que la collection gardera une certaine unité au niveau des objets livres : typographie et couleurs vives.

Car c'est la première particularité de Brainless : l'objet livre est d'excellente qualité, ce cerveau sous cloche est intrigant, décalé aussi, à l'image de son contenu. Et puis le orange domine (est-ce en rapport avec la drogue présentée dans ce roman et appelée "orange kiss" ?). En tout cas, c'est très pétillant et le jaspage orange est super sympa.

Bref lorsque vous voyez Brainless, vous vous attendez à un roman décalé et pétillant. Eh bien c'est parfaitement le cas. Mais c'est plus que cela, car c'est aussi un roman parfois un peu noir.

Alors certes, Brainless n'a pas été un coup de cœur pour moi, à cause de certains points que je noterai plus bas. Mais je salue l'originalité de ce livre, où l'auteur parle de thèmes durs et noirs sur un fond hyper coloré et drôle.

Jason, surnommé Brainless est atteint du SCJH : en résumé il est mort, mais pas tout à fait. Mort-vivant quoi. Mais le fait d'être mort, à côté de l'avantage de ne pouvoir clamser une deuxième fois, présente tout de même quelques inconvénients majeurs : injection quotidienne de formol pour ne pas pourrir, ralentissement de l'activité cérébrale, ce qui fait de lui, n'ayons pas peur des mots, un benêt, ingestion de viande crue uniquement et une sérieuse envie de goûter du cerveau humain...

"Ryan vient lui susurrer à l'oreille :
_ Ca devient chaud, hein ?
Non, pauvre con, dans mon monde, rien n'est chaud. Mon monde est froid. Mon monde est une barquette de steaks en bas du frigo avec une date limite de consommation dépassée.
Moi, Brainless, je suis mort. Et vous, vous êtes vivants.
Mais n'oubliez jamais que c'est juste provisoire."

Bon, malgré cela, Brainless essaie de vivre une vie normale, et pour ce faire, retourne au lycée. Et c'est ainsi que Jérôme Noirez nous fait voir la vie quotidienne de Brainless, emplie d'anecdotes et de bêtise humaine, dans une société américaine caricaturée certes, mais criante de vérité.

Malgré son côté subvivant, notons qu'une fille réussira à en pincer pour ce grand dadais de zombie (un petit côté "vivants" d'Isaac Marion ?). Alors ce point là est le premier qui m'a gênée. Certes l'auteur n'hésite pas à nous offrir un univers complètement décalé, mais la nana qui tombe sous le charme d'un zombie puant au cerveau ralenti... Je n'ai pas réussi à accrocher...

Ensuite, pour boucler les points négatifs tout de suite, l'œuvre présente tout de même certaines longueurs et parfois je ne savais pas vraiment où l'auteur voulait en venir. Enfin si, je savais, mais je n'avais pas spécialement envie de le suivre... Somme toute, même si son univers m'a séduite, je crois ne pas y avoir totalement adhéré et aurais aimé plus d'action.
Mais sur la fin, les événements se bousculent enfin et j'avoue que cette dernière petite partie était réellement captivante, avec un dénouement sublime !

"Je parie que vous êtes curieux de savoir comment je suis mort.
Vous allez bien vous marrer.
Il y a tellement de façons de mourir, à chaque instant de sa vie, tellement de possibilités.
[...]
Oui, les crétins meurent souvent d'une façon plus amusante que les autres.
J'en viens à mon propre cas."

Au niveau de la plume, nous alternons les passages narratifs où l'on nous présente les faits, et les passages où Jason se confie et parle donc à la première personne. Personnellement j'adore ce schéma de narration, qui permet de mélanger actions et pensées.

Après, l'auteur s'est réellement fait plaisir pour présenter un humour par le décalé, voire le ridicule : par exemple, Jason va mourir en s'étouffant à un concours du plus gros mangeur de maïs (ne me dites pas que ce genre de concours existe réellement aux US ? :/ )... Le cerveau ralenti et la mémoire qui flanche (Jason oublie tout à chaque fois) participent aussi au côté frapadingue de cette histoire. En effet, le personnage principal lui-même est complètement à l'ouest ! Loin des héros habituels, Brainless va devenir héros malgré lui, et, au final, cela lui apportera beaucoup (mais je vous laisse découvrir par vous-mêmes).

C'est en s'appuyant sur cela et des personnages caricaturaux que Jérôme Noirez nous offre une critique de la société américaine (le sportif stupide, le prof de chimie qui fabrique de la drogue, les pom-pom girls ou les obèses, chacun en prend pour son grade).

A côté de ce côté "léger", l'auteur aborde des sujets plus chocs : la drogue, le besoin de reconnaissance exacerbé de certains ados, le côté destructeur des médias ou jeux vidéos, transformant de simples ados en meurtriers de masse...
Il faut donc avoir conscience que dans ce livre, le côté zombie est une excuse pour apporter un côté loufoque à une satire de l'Amérique.

Entre humour caustique et roman noir, pas étonnant que Brainless fasse parler de lui...

NB : je tiens à noter les nombreuses références à la culture cinématographique zombie, très présente dans ce livre et qui a même le droit à son moment de gloire dans un annexe.

Trailer :

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