Even dead Things feel your love

Auteur : Mathieu Guibé
Date : Mars 2013
Editeur : Editions du Chat noir, collection griffe sombre
Pages : 268

RESUME :

Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d'une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu'au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d'une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m'éloignant toujours un peu plus de ce que j'ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s'effacent, nous délestant ainsi d'un bagage bien lourd vers l'au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu'il s'agit là d'une délivrance qui m'est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.

L'amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

CHRONIQUE :

4.5/5

Au niveau de l'édition. Rien à dire, livre de très belle qualité, vraiment agréable à tenir en main. Quant à la couverture... Mon dieu mais qu'elle est belle. Quand vous avez ce livre en main, que vous avez parcouru la 4° de couverture, vous n'avez qu'une envie : ouvrir ce livre et vous plonger dedans.

Even dead things feel your love...
Même les choses mortes peuvent ressentir ton amour...
Comme son nom l'indique, oui il s'agit d'une histoire centrée sur l'amour... Mais bien loin des amourettes de nunuches de 15 ans, loin des pseudos vampires tout mielleux à la twilight. Certes il s'agit d'une histoire d'amour, mais elle est sombre, douloureuse et même cruelle. Ici ce n'est pas la pâmoison qui prime, c'est plutôt la mélancolie. Bienvenue dans une histoire de vampire, une histoire gothique.

Angleterre, début de la seconde moitié du XIXeme. Notre "héros", Lord Josiah Scarcewillow est un vampire. Un vampire dont la nature s'exprime pleinement : sang, et immoralité rythment ses journées. Face à l'essor nouveau de Londres, notre Lord s'en retourne dans le calme de la campagne, au sein de la demeure familiale et vide, là où peu pourraient s'étonner de disparitions régulières...
C'est alors, qu'à peine revenu sur les terres ancestrales, il fera une rencontre bouleversant sa morale, ou devrais-je dire sa non-morale. Cette rencontre prendra le nom d'Abigale, jeune fille de bonne famille des alentours...

La douce Abigale, sensible elle aussi au Lord, rendra peu à peu son humanité à notre Lord cruel. Pour elle, il ferait n'importe quoi. Pour lui, elle accepterait l'éternité comme un cadeau. Oui mais ... les choses ne se passeront pas réellement comme prévues, les choses vont sortir du contrôle de notre Lord, et l'éternité, loin d'être une promesse d'amour éternel, va devenir promesse de douleur.

Josiah est un personnage très complexe. Pour faire le tour de Josiah, il vous faudra bien toute l'étendue du roman. Capable d'autant d'actes de cruauté que d'actes d'amour, il ne réserve son humanité qu'à sa douce Abigale, ainsi qu'à certains moments, à son majordome Rudolph (que je vous laisse découvrir). L'erreur dont il se tient pour responsable le fera dériver aux limites de la raison, et la tournure que prendront les événements feront valser sa cruauté et son humanité. Car dans ce roman, Notre Josiah n'a pas fini d'être étonné, n'a pas fini de changer de façon de voir les choses, n'a pas fini de courir après un rêve perdu, mais surtout, surtout... n'a pas fini de souffrir.

La douce Abigale, quant à elle, éperdument amoureuse de son Lord, acceptant sans rechigner son secret de vampire, fera tout pour lui, tout ce qu'elle estimera le meilleur pour son amant. Même si elle doit pâtir de ses propres choix...

L'amour pour sa tendre mènera Josiah, de l'époque victorienne à nos jours, dans une quête désespérée ayant pour but ne serait-ce que d'apercevoir une dernière fois sa belle. Une quête qui mènera notre vampire tantôt au désespoir, tantôt à la colère, périodes où il sèmera alors une ribambelle de cadavres derrière lui. Le roman se termine sur un dénouement pour le moins inattendu, et, nous n'en attendions pas moins, entraînés comme nous l'étions par Mathieu Guibé tout au long des pages sur des chemins que nous n'aurions jamais imaginés. Il faut le lire pour le découvrir.

La plume de l'auteur est toujours aussi belle et poétique, ici assez complexe et emplie de tournures alambiquées. Bien que plutôt surprenant en début de lecture, on s'y met très vite, tant le style et l'écriture collent à l'époque du récit et aux personnages. La force de l'auteur réside aussi dans la façon qu'il a de nous faire aimer ce vampire qui mériterait certaines fois d'être haï, d'éprouver de la peine et de la compassion pour ce tueur tourmenté. Comme Abigale, on lui pardonne tout. Un récit qui pourrait sortir de la plume d'Oscar Wilde.

Voici un récit émouvant, qui nous tient en haleine par son histoire captivante (scindée en 4 parties principales, chaque partie marquant le début d'un tournant dans le livre), où les émotions nous remontent dans la gorge. Celle-ci se sert, les larmes affluent au bords des paupières et on sert les poings pour ne pas les laisser couler. Voilà pourquoi je ne mets que 4.5 au lieu de 5/5 à ce roman, pour punir Josiah d'avoir su m'entraîner avec tant de talent dans sa mélancolie et sa détresse, d'avoir su m'entraîner dans la noirceur et la cruauté de son monde!!

Mais blague mise à part, Even dead things feel your love est un vrai coup de coeur, et si vous lisez ce livre (ce que je vous recommande !! ), Josiah risque d'accompagner vos songes un moment...

NOTE : EDFYL ne convient pas à une lecture jeunesse.