La Loi du Désert.

Auteur : Franck Ferry
Editeur : Editions du Riez
Parution : Septembre 2011
Pages : 292

RESUME :

Après des siècles de conflits, le monde n'est plus qu'un vaste désert où des Cités-État se sont substituées aux nations. Dans cet univers hostile et décadent, Mathian, soldat dans l'Armée Républicaine de Salina, aidé de son ami Blaine, part à la recherche de son frère Raul, récemment banni de la cité. Ils vont devoir affronter les grands espaces, la chaleur, une violence omniprésente et un adversaire insaisissable : les blafards.
Plus qu'un récit d'aventure, La Loi du Désert est une ode à l'amitié et à la fraternité. Un Road-Movie hors du temps… un formidable roman d'anticipation.

CHRONIQUE :
(18 Octobre 2015)

« La loi du désert » est un roman d'anticipation en un tome unique. Nous nous trouvons dans un futur dévasté par des siècles de conflits. Un futur dans lequel le désert domine, dans lequel l'homme survit tant bien que mal, cherche de l'eau jour après jour, avale du sable bien malgré lui.

Les nations ont périclité et des Cités-Etats ont vu le jour, se gouvernant elles-mêmes, chacune séparée des autres par des dizaines, voire des centaines de kilomètres de bandes de sable…
Dans la Cité-Etat de Salina, le service militaire de cinq ans, est obligatoire. Cinq ans de votre vie offerts à l'Armée Républicaine, cinq ans passés à risquer votre peau afin de défendre la cité contre les cité voisines et un ennemi plus terrible encore : les blafards. Les villes sont à moitié en ruines, les routes ne sont que des pistes, les riches sont très riches, les pauvres très pauvres et soumis à la violence. Ce régime totalitaire engendre forcément des tensions, de la pauvreté et donc, de la rébellion.

C'est dans l'armée de cette cité que sert Mathian. Sa mère, son frère Raul et sa sœur habitent un taudis fait de rideaux et de tôles, et lui risque sa vie chaque jour à brûler des blafards… Sa vie était déjà peu appétissante mais le deviendra encore moins lorsqu'il apprendra le bannissement de son frère dans le désert, le no man's land. Ne voulant pas livrer Raul à la mort à laquelle il est promis, Mathian désertera et partira à sa recherche, aidé d'un de ses vieux amis mécano du nom de Blaine. Je laisse d'ailleurs Mathian vous livrer quelques mots sur le no man's land :

« Et maintenant, il est promis à l'exil. Maintenant, on va l'emmener loin au sud dans le désert, là où rien d'autre ne sort du sol que des pierres et des os. Le no man's land, dans lequel la justice de Salina envoie ses indésirables afin qu'ils s'y perdent, qu'ils y errent avant de tomber de fatigue, de soif, ou tué par un errant, ou pire, un blafard. Ou bien tout cela en même temps. Car c'est cela le no man's land, l'ultime châtiment, la somme de toutes les souffrances. L'errance pour prendre le temps de penser à ses crimes. Et la mort pour unique expiation. »

Ainsi, une aventure éprouvante va commencer pour chacun des trois hommes… Un parcours sans fin à travers le désert, sa chaleur, sa soif, ses blafards…

« La loi du désert » est un roman qui ne se dévore pas. C'est le genre de livres qui appelle à lire doucement, qui prend du temps. N'y voyez pas ici une critique négative, bien au contraire. C'est juste que le monde créé par l'auteur est tellement dense, riche, nouveau, hors des sentiers battus, qu'il faut nous laisser le temps de le découvrir, l'appréhender, l'apprivoiser. De même, l'auteur a une très jolie plume, quelque peu alambiquée et qui demande de la concentration afin d'en profiter pleinement. J'avoue donc qu'il m'a fallu un peu de temps afin de réussir à m'immerger totalement dans ce monde. Mais mes efforts furent largement récompensés par la qualité de l'histoire.

Je me suis retrouvée alternativement aux côtés de Mathian et Blaine ou de Raul, car les chapitres alternent les deux points de vue. Je ressentais avec précision la sécheresse du désert, les langues gonflées par la soif, la chaleur écrasante du soleil, le sable s'infiltrant partout. Je comprenais comme si j'y étais cette angoisse de tomber sur des personnes non désirées, des pillards ou des blafards. La peur de mourir seul au milieu de rien, du no man's land, du bout du monde.

« Un pas après l'autre.
En tentant autant que possible de ne penser à rien. Se vider l'esprit permet de le tromper, de lui faire croire que le temps n'existe plus, ainsi que la peine, la soif et la chaleur.
Un pas après l'autre.
Au-dessus d'eux, le soleil a chauffé le ciel à blanc et le vent a gagné en intensité. »

Raul essaiera de survivre aux côtés de Riot, que nous aurons donc à nos côtés une grande partie du récit. J'ai adoré Riot, qui est un personnage digne et noble, à l'histoire cachée mais que l'on devine riche, à l'âme bonne et généreuse. Elle nous fait nous poser beaucoup de questions sur la nature humaine, sur nos défauts, nos jugements trop prompts et notre dégoût de tout ce qui est différent, de ce que nous repoussons sans même chercher à comprendre.

J'ai été captivée par les créatures de l'auteur, les blafards. Franck Ferric ne s'est pas contenté de faire naître des bêtes assoiffées de sang, mais nous a créé une société complète avec ses particularités, ses différences, ses us et coutumes. Ce que l'on prend au début pour des prédateurs acquièrent vite le statut d'espèce à part entière, à l'histoire riche et mystérieuse, au présent tout aussi énigmatique.

Ce qui est sublime aussi avec ce livre, c'est que même si Mathian et Raul se retrouvent sensiblement dans les mêmes endroits, l'histoire n'est absolument pas répétitive, mais au contraire bien différente lorsqu'il s'agit de l'un ou de l'autre. Car le désert est un endroit beaucoup plus riche que ce que l'on imagine, un lieu empli de surprises… L'endroit final est particulièrement bien trouvé et empli de messages, de sagesse… et d'espoir.

« S'enfoncer dans le désert, c'est se dépouiller de beaucoup de choses. La conscience de l'espace, l'appréhension du temps, le souvenir des règles de la civilisation. Les hommes les meilleurs y deviennent sages. L'absence de leurs semblables les dégraisse, telle l'eau qui passe sur une plaie sale et la nettoie peu à peu, et ils ne conservent dans leur baluchon que ce qui les distingue des bêtes, des blafards et des pierres : leur humanité nue.
Mais ceux-là sont peu nombreux. Existent-ils seulement encore ? »

La fin est particulière mais fut parfaite pour moi, en ce sens qu'au vu de l'originalité de ce livre, j'aurais été déçue par une fin plus banale. Mais autant vous dire que je ne m'attendais pas du tout à ce genre de dénouement ! En même temps, il faut avouer qu'il est impossible de savoir où l'auteur compte nous emmener au cours de cette lecture, et c'est très agréable comme cela.

« La loi du désert », c'est l'histoire de deux frères, de deux destins entremêlés, qui nous font réfléchir… Un livre hypnotique et surprenant, à découvrir si ce n'est pas encore fait, car il le mérite.

« _ La loi du désert…
_ La loi du désert, oui. La seule qui tienne le coup, même quand tout part de travers : toi, ta peau, tes choix, et c'est tout. La loi du désert, c'est la loi de l'homme. »

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lundi 12 octobre 2015, 21:48

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