Le Château de Walpurgis, T1 : Messes et Humour Noir.

Auteur : Philippe Duchateau
Editeur : La Bourdonnaye, collection Imaginaires
Parution : Mai 2015
Pages : 328

RESUME :

Josuan reçoit un jour une lettre alarmante d'un de ses vieux copains de classe qui le supplie de venir le rejoindre à Northcalton, où il a de sérieux problèmes. N'écoutant que son courage et porté par la fougue de sa jeunesse, Josuan vole au secours de son ami. Mais la route est longue, et il fait étape dans l'auberge de l'inquiétante Lucy. Il y rencontre la jeune et jolie serveuse, Louisia, et s'en amourache aussitôt. Après avoir quitté l'établissement, Josuan est victime d'un « étrange » accident de voiture. Sa vieille Ford réduite à un tas de tôles, il doit poursuivre le chemin à pied, dans les frimas d'un paysage carnivore. Ses pas le mènent alors au château de Walpurgis. Où l'enfer lui ouvre ses portes.

En effet, les habitants de ce palais délabré se révèlent tous plus loufoques et satanistes les uns que les autres. Mais aussi comiques soient-ils, ces hurluberlus semblent en vouloir pour de bon à la peau de Josuan. Et de Louisia, qui se retrouve – par quelle malédiction ? – bientôt prisonnière, à ses côtés.

Comme beaucoup d'autres avant eux, les jeunes gens ne servent qu'à amuser cette galerie de frapadingues, en attendant de finir, selon les projets réjouissants du maître des lieux, au fond d'une oubliette, une cagoule sur la tête et une balle entre les deux yeux. L'amour donne des ailes, dit-on. Les tourtereaux en auraient bien besoin pour séchapper de cet asile et sauver leur vie.

Avec Le Château de Walpurgis et ses adorateurs de Satan, Philippe Duchateau distille un suspense diablement drôle et méchamment hilarant.

CHRONIQUE :
(27 Juin 2015)

Le château de Walpurgis est une lecture originale, fleurtant avec le burlesque. Avec cette écriture tellement raffinée et prenante, ces phrases extrêmement bien tournées pour mettre en action des personnages totalement frappadingues, aucun doute que ce livre est à part !
Mais que cela fait du bien des fois de se laisser embarquer dans un univers totalement décalé, dans une histoire de fou, mais malgré tout captivante. Car somme toute, l'auteur sait particulièrement mener sa plume afin de piquer notre curiosité, car bon sang vous voulez tout de même savoir de quoi il retourne réellement et pourquoi !!

Et pourquoi quoi ? Quelques explications s'imposent.

Josuan reçoit un beau jour une lettre d'un ancien ami de fac. Cette lettre quelque peu mystérieuse laisse à penser que ledit ami a des ennuis. Mais qui dit amis dit entraide et notre héros va prendre sa voiture afin de rendre visite à son camarade, qui habite tout de même dans une contrée perdue... Et c'est en chemin pour Nothcarlton que va commencer le délire...
S'arrêtant dans une étrange auberge pour se restaurer, Josuan va tomber sur l'atypique Lucy, drôle de personnage s'il en est, du genre à vous donner envie de déguerpir au plus vite. Et puis il y a sa fille Louisia qui semble vouloir se confier à Josuan sans pouvoir le faire, qui semble en vérité terriblement mal a l'aise. C'est donc un peu perturbé que le jeune homme va reprendre la route avec les explications de l'aubergiste et va malencontreusement (mais est-ce réellement un hasard ?) se retrouver au château de Walpurgis suite à un accident de voiture...
Espérant trouver de l'aide, le jeune homme va surtout faire connaissance avec la folie, avec des personnages hauts en couleurs mais complètement fous et décalés... Bloqué plusieurs jours au château à cause de la météo, Josuan n'aura d'autre choix que de devoir prendre son mal en patience et surtout, de supporter ses étranges hôtes... Qui ont apparemment comme seul but dans la vie que de détruire l'esprit rationnel de Josuan... La santé mentale du jeune homme risquerait bien d'en prendre un coup dans cette maison de fous, dans ce château où les oubliettes ne sont pas condamnées, où les passages secrets sont pléthores, où d'étranges créatures rôdent dans les ailes non restaurées...

"Il allait tomber !
Il serait le numéro sept, tiendrait compagnie aux six autres, leur apporterait le plaisir de sa propre décomposition. Une chute de plusieurs mètres... Et s'il ne se brisait pas la nuque, il s'emparerait sur les piques. Et s'il ne s'embrochait pas, il resterait coincé là, sans aucun moyen de remonter. La pierre absorberait ses cris, personne ne l'entendrait, et il mourrait de soif et de désespoir au fin fond de son trou."

Mise en scène ? Vérité ? Folie ? Complot ?
Que veulent donc les habitants de ce château ? Quels sont leurs projets forcément peu agréables pour Josuan ? Sont-ils fous ou diaboliques ? Un subtil mélange des deux ?
Autant de questions auxquelles je voulais absolument une réponse, ce qui me poussait à tourner frénétiquement les pages, aidée par l'écriture admirable de l'auteur, afin de découvrir la vérité . Et quelle ne fut pas ma surprise de voir, arrivée en fin d'ouvrage... Qu'il s'agissait en fait d'un tome 1 !! Oh frustration de ne pas avoir mes réponses, impatience de lire la suite...

"Un fin rideau de bruine tombait de biais sur la campagne, supplice de damné aux mille minuscules poinçons glacés. L'eau glissait sur l'asphalte, s'accumulait en mares fétides, glougloutait dans les fossés.
Tassé sur lui-même, la tête enfouie dans un col de laine trempé, Josuan sentait chaque gouttelette se faufiler jusqu'à son corps tremblant."

Ce livre ne se classe pas dans la catégorie action mais plutôt immersion. Et quelle immersion! Marcher dans ce château aux côtés de Josuan a quelque chose de prenant et j'avais toujours envie de continuer ma lecture afin de réussir à démêler les fils de toute cette folie...
L'auteur nous offre un roman formidable d'autant plus que la seconde partie, dans le château, et un quasi huis clos : tout se passe dans les murs de la demeure. Alors certes, l'auteur au nom approprié de duchateau s'est créé un super terrain de jeu avec un château ancestral, en partie restauré, en partie en ruines, avec des créatures qui hantent les couloirs, des passages dérobés, des squelettes qui traînent, de drôles de salles et des personnages complètement loufoques, mais il utilise son terrain de jeu avec beaucoup de brio. Car à chaque fois que j'aurais pu me dire que cela commençait à être un tantinet long, claque, l'auteur nous balançait un événement qui remettait toute la machinerie en route ! Mais ce livre est, comme je le disais, immersif, et les nombreuses descriptions sont nécessaires à l'ambiance...

Il faut donc commencer ce livre en sachant qu'il ne s'agit pas d'un tome 1, mais je le conseille car il sort des cadres que l'on a l'habitude de voir.
L'auteur s'appuie à 300% sur notre curiosité pour nous faire avancer, et cela marche bien! D'autant que j allais de surprise en surprise car je ne m'attendais pas à cela en commençant ce livre: je voyais plus de créatures surnaturelles (vampires déjantés etc) et moins de plans machiavéliques et de manipulation.
Je préfère vous laisser la surprise de découvrir les différents personnages farfelus de ce roman. Car farfelus, certes, mais non caricaturaux ! On sent que quelque chose cloche dans tout cela, on ne sait à qui faire confiance et de qui se défier, on veut savoir et l'auteur nous mène en bateau comme il le veut !

"_Ce repas que nous allons partager, savourer ensemble, nous ne le devons qu'à une seule chose... À nous-mêmes, à notre réussite, à notre ascension sociale, au pragmatisme de notre conduite. Et béni sois-tu, mon Dieu, de rester où tu es, là-haut, loin de nous, dans l'imagination des pauvres et des simples d'esprit... Ô toi qui n'existe pas et que tant de gens adorent vainement..."

Ce livre a une addictivité qui m'a moi-même étonnée car je suis plutôt accro aux livres bourrés d'action, aux page-turner, ce qui n'est pas le cas ici, mais l'auteur a le talent de nous retenir par l'un de nos plus grands défauts : notre curiosité et envie de savoir !
Bref moi, j'attends le tome 2 car en résumé : mais qu'est-ce que c'est que ce bordel dans ce château ?!

Un livre déstabilisant, où le style d'écriture est en délicieux décalage avec l'histoire.

NB : mention spéciale à la très jolie couverture au toucher velouté.

"_ On peut le toucher, l'œil, tonton Herbert ? demanda Sylvia, un sourire racoleur sur le visage. On peut le regarder ?
Kuhlman s'interrompit. L'air magnanime, il sortit une pincette de sa poche et s'approcha de la tête du Gousseleau. Il introduisit l'instrument sous l'arcade sourcilière, et d'un geste sec du poignet, fit sauter l'œil qui roula sur la table de travail, tomba et finit sa course aux pieds des deux garnements.
_Ne l'abîmez pas, c'est le seul qu'il nous reste ; l'autre est déjà dans la collection particulière de votre grand-père."