Les Cordes Ecarlates.

Auteur : Andréa Deslacs
Editeur : Fantasmagorie
Parution : Juin 2015
Pages : 54

RESUME :

Lors du concert donné à l'occasion de l'anniversaire princier, l'incroyable se produit : Artzel, jeune musicien prodige, réussit à envoûter le public avec l'Hymne Écarlate. La première note émise par le singulier violon blanc aux cordes écarlates conquiert aussi bien le cœur du mélomane que celui du quidam le plus ignorant en musique.

Seuls Artzel et son maître savent que cet hymne est spécial, car depuis qu'ils l'ont entendu, cette mélodie ne cesse de les hanter. L'ennui, c'est que la partition est incomplète. Bientôt, le désir d'en connaître les notes suivantes tourne à l'obsession. Mais quand la folie guette, nul ne sait sur quel pied danser…

CHRONIQUE :
(07 Septembre 2015)

Cette nouvelle histoire des éditions Fantasmagorie ne déroge pas à la règle : une très jolie couverture qui colle bien au texte (même si je vois le violon moins gris) et une plume recherchée et poétique.

« Il ferma les yeux et tenta de respirer profondément pour calmer les battements affolés de son cœur. Le tissu de sa chemise blanche aux dentelles délicates s'avérait si fin qu'Artzel sentait le bois du violon albâtre contre sa poitrine contrite. Le contact froid de l'instrument lui amena un immense réconfort. La dysharmonie de son métronome cardiaque se dilua pour redevenir une mer paisible et confiante. »

De plus, cette histoire est vraiment hors cadre. Car finalement, il s'agit ni plus ni moins de l'histoire d'un violon au destin hors du commun. Mais pas que. Je tiens à noter tout de suite cette fin à laquelle je n'avais pas songé un quart de seconde. On comprend que ce violon albâtre aux ordres écarlates est particulier certes... Mais j'ai été très agréablement surprise par cette fin superbement menée et adéquate.

Comme je le disais, "Les cordes écarlate" est un texte empli de poésie de par son écriture mais aussi de par cette plongée dans les mélodies classiques, dans les pleurs et les joies de l'instrument. Au fil du texte, nous avons des flash back qui nous mènent de la rencontre entre l'archer et son violon jusqu'au concert représentant le présent. Et à chaque tranche de vie commune à Artzel et son instrument, à chaque émotion ressentie, une part de la partition correspond. Je ne maîtrise pas assez le son de la musique classique et des violons pour entièrement décoder l'hymne, mais les événements vécus par Artzel me permettaient d'imaginer quelle mélodie le violon laissait s'envoler.

« Artzel ne se tenait déjà plus là. Plus là dans le monde des mortels. Plus là dans cette royale salle de banquet. Plus là face aux plus grands noms et hommes du Royaume. Il se trouvait… Au cœur de cette note langoureuse qui le sommait de la jouer. Dans cette vibration puissante et déchirante. »

Mais cette partition si majestueuse semble porter inlassablement le même défaut : elle n'est pas finie. Et Artzel et son mentor n'auront de cesse de trouver cette fin, car la partition a ceci de particulier : elle est obsédante et prend la première place dans les vies de ceux qui tombent sous son charme.. Mais les obsessions peuvent parfois mener loin... Le violon tiendra-t-il sa Promesse ? Celle qu'il fait entrevoir à ceux qui l'écoutent ?

Cette nouvelle est assez particulière et demande de l'implication mais le jeu en vaut la chandelle. L'auteur se fait un malin plaisir à nous mener en bateau tout le long de la lecture : quelques indices auxquels nous ne prenons pas assez attention, pour nous mener vers cette fin renversante qui donne tout son sens à ce texte. Une nouvelle pas facile d'accès mais sincèrement intéressante et poétique... Dont la fin reste gravée dans ma mémoire.