Les Fragmentés, Tome 1.

Auteur : Neal Shusterman
Editeur : MSK
Parution : Septembre 2013
Pages : 462

RESUME :

Dans une société traumatisée par la Seconde Guerre civile, un ensemble de lois intitulé Charte de la Vie a été signé pour contenter les pro-vie et les pro-choix. Celle-ci stipule qu'il est interdit d'attenter à la vie d'un enfant du moment de sa conception jusqu'au jour de son treizième anniversaire. Passée cette date, tout parent peut décider de « résilier » son enfant en ayant recours à la fragmentation, processus qui permet de renoncer à son enfant rétroactivement. Une seule exigence : réutiliser 99 % des organes du fragmenté pour qu'il continue à « vivre » à travers d'autres.
Lorsque Connor, Lev et Risa apprennent qu'ils vont être fragmentés, ils savent ce qu'il leur reste à faire : fuir et tenter de survivre jusqu'à leur majorité…

CHRONIQUE :
(24 Février 2016)

Cela faisait longtemps que cette dystopie m'attendait dans ma PAL. Maintenant que tous les tomes (4) sont sortis, je me lance. D'ailleurs, je place plus ce roman comme étant un roman d'anticipation pur, le côté dystopique n'étant pas si développé.

Je n'entendais que du positif sur cette série et j'avoue que ce premier tome a su me séduire. Voilà une dystopie originale et qui ne mâche pas ses mots !

L'univers en lui même n'est pas particulièrement développé : pas de villes sous dômes, d'apocalypse et de reconstruction etc. Non le côté dystopique provient des dérives de la science. Où celle-ci est arrivée à de telles extrémités qu'elle autorise le meurtre pur et simple d'adolescents.

"Le blond s'appelait Hayden. Comme Connor l'avait supposé, sa famille était immensément riche. Lorsque ses parents avaient divorcé, ils s'étaient livré une bataille acharnée pour l'obtention de sa garde. Deux ans et six jugements plus tard, ils n'avaient toujours pas trouvé de terrain d'entente. Ils n'étaient d'accord que sur une chose : ils préféraient qu'Hayden soit fragmenté plutôt que d'abandonner leurs droits. "

Dans ce monde, lorsque votre enfant à 13 ans, vous avez le droit de décider de le garder... ou de le faire fragmenter. Ce droit reste valable jusqu'à sa majorité, à 18 ans... La Fragmentation veut dire ce qu'elle signifie réellement, fragmenter le corps, le découper, afin de replacer chaque morceau sur des personnes en ayant "besoin". Un cœur par-ci, un œil par là... Évidemment, votre portefeuille détermine la qualité des morceaux qui vous seront implantés....
Évidemment, ces extrémités poussent à des trafics d'organes, à des ventes d'enfants et tous autres abus imaginables....

C'est ainsi qu'ont été créés les camps de Collecte où les fragmentés vivent leurs dernières semaines / heures... Vous voulez suivre une opération de fragmentation des pieds à la tête ? Pas de soucis, ouvrez ce livre et suivez le guide.

L'auteur ne nous épargne pas avec son univers cruel mais ô combien plausible. En dehors du côté addictif on y retrouve une superbe critique des dangers de la science. Il nous décrit des situations horribles au travers de voix de personnes pour qui ces procédés sont d'une banalité affligeante. Ce flegme n'a que l'art de rendre les éléments encore plus percutants. Voir un ado se faire découper vivant en morceaux, conscient de chaque étape, avec à côté de lui une infirmière lui parlant comme si l'opération était on ne peut plus bénigne et normale fait froid dans le dos. Une grande réussite pour l'auteur qui arrive totalement à nous faire passer son message, à nous offrir un monde cruel et horrible sans avoir besoin de recourir à une seule scène dite "gore" ou même violente.

Pour l'histoire, nous suivons Connor et Risa, deux fragmentés essayant d'échapper à leur sort funeste, et Lev, un décimé, élevé depuis sa naissance dans la foi de Dieu, pour être offert à la science. Lev a donc une vision bien différente de la fragmentation de celle de Connor et Risa, et aussi une façon bien différente de réagir après des événements percutants. Chacun à leur manière, ces trois personnages sont très attachants et je n'en ai pas préféré un par rapport aux autres. Un très bon travail sur les personnages et leur psychologie, au centre de ce livre et prépondérant dans le processus de fragmentation.

"— Si j'ai besoin d'aide, je vous sonnerai. Ai-je l'air de quelqu'un de faible ?
— Oui, en fait.
— Eh bien il ne faut pas se fier aux apparences. Après tout, quand je vous ai vus, je me suis dit que vous aviez l'air intelligent.
— Très drôle."

Je ne souhaite pas évoquer l'histoire en elle-même, mais je dois dire que nous n'avons pas le temps de nous ennuyer. Le rythme est enlevé, et ce dynamisme est ponctué de surprises. L'auteur s'amuse à vous emmener sur des pistes pour mieux vous faire faire demi tour. Que ce soit avec ses personnages ou avec ses lecteurs, il sait manipuler notre mental. Une grande réussite.

En résumé, un premier tome qui tient ses promesses, une dystopie originale qui fait froid dans le dos mais nous tient en haleine de À à Z, des personnages attachants qui rendent leurs mésaventures encore plus éprouvantes pour le lecteur, une addictivité certaine... Ce roman a vraiment tout pour passionner ! Avec toujours en arrière plan une certaine pensée : sommes-nous vraiment si loin de telles dérives ? Pas si sûr...

"— On est dans un commerce d'esclaves, pas dans un refuge. Comment se fait-il que personne ne s'en rende compte ?
— Qui te dit que personne ne s'en rend compte ? C'est simplement qu'à côté de la fragmentation, l'esclavage est un moindre mal."

Trailer :