Les Intrus.

Auteur : Lauren Oliver
Editeur : Hachette Jeunesse
Parution : Octobre 2015
Pages : 384

RESUME :

Prenant le contrepied des récits de fantômes stéréotypés, Lauren Oliver renouvelle le genre avec des fantômes plus loquaces et vivants que les êtres humains eux-mêmes. Le premier roman pour adultes de Lauren Oliver, où maison hantée rime avec famille déglinguée… à moins que ça ne soit le contraire. À la mort de Richard Walker, un vieil homme solitaire, acariâtre et très riche, son ex-femme, ses deux enfants et sa petite-fille retournent dans la maison familiale pour la succession. Mais la bâtisse est hantée. Hantée par des souvenirs d'enfance qui ressurgissent à mesure que les nouveaux arrivants se réapproprient les lieux. Hantée également par de vrais fantômes qui observent et commentent les agissements de chacun, en espérant qu'un jour, enfin, ils pourront quitter les lieux à tout jamais. La très guindée Alice et la cynique Sandra, toutes deux mortes depuis longtemps, sont peu disposées à laisser la place aux nouveaux occupants. Les deux fantômes jouent des coudes pour rester maîtresses de leur propriété au travers de laquelle elles communiquent : escalier qui grince, radiateur qui siffle et ampoules qui grésillent remplacent les mots pour communiquer avec les nouveaux locataires. Mais bientôt, les vivants comme les morts seront confrontés à leur passé et à des vérités douloureuses…

CHRONIQUE :
(24 Novembre 2015)

Voilà un livre qui a pris une tournure à laquelle je ne m'attendais pas. En ouvrant "les intrus" je m'attendais à une histoire de fantômes "classique", une histoire de fantômes qui hantent, effraient et angoissent. Mais pas du tout, car ici, nos deux fantômes ne sont que des témoins du présent au passé mystérieux.

"Je n'ai pas peur d'affirmer que, jusqu'à présent, vous n'avez entendu qu'un gros tas de conneries. Et non, je ne surveillerai pas mon langage. Bon Dieu, c'est pratiquement la seule chose qui me reste.
Je parie qu'elle ne vous a même pas précisé un point : ma mort n'avait rien d'accidentel."

Non pas que je n'ai pas aimé ma lecture mais je ne m'attendais pas du tout à ça.

Nous suivons une famille : Trenton, sa sœur Minna avec sa fille Amy ainsi que leur mère Caroline. Ces derniers reviennent dans la maison familiale suite au décès de Richard Walker, l'ex-mari de Caroline. Mais ces quelques jours à trier les affaires du défunt vont permettre à Alice et Sandra, décédées longtemps auparavant, d'être témoins de l'évolution de cette famille et de percer certains secrets, mais surtout, de nous délivrer peu à peu les leurs.

"Mr Walker a formulé plusieurs autres clauses...
_ Evidemment, ironise Caroline. Il ne vivait que pour embêter les autres. Je me demande vraiment pourquoi j'ai cru que ce serait différent une fois qu'il serait mort..."

Ici ce sont Alice et Sandra qui sont les véritables personnages principaux : les chapitres qui leur sont consacrés sont d'ailleurs à la première personne alors que ceux consacrés à la famille Walker sont à la troisième. Peu à peu, nous apprenons des détails sur les vies de la famille mais surtout sur celles de Sandra et Alice. Dès les premières pages, l'auteur égrène de petites phrases mystérieuses qui nous font comprendre qu'il y a eu des événements inhabituels dans cette maison. Ces indices nous demandent d'ailleurs d'être concentrés sur le livre au risque de passer à côté voire de se perdre un peu dans la lecture. Mais peu à peu tout s'imbrique parfaitement et nous finissons par apprendre les raisons qui ont fait de Sandra et d'Alice des fantômes, prisonnières des murs de la maison, prisonnières de l'éternité.

"Le feu part de la cave.
Est-ce douloureux ?
Oui et non. C'est, après tout, ce que je voulais.
Et je suis au-delà de la douleur, maintenant.
La peur cependant est presque une souffrance physique. Violente, immense. Ce corps, notre dernier corps, notre ultime chance, va être réduit en poussière.
Que m'arrivera-t-il alors ?"

Concernant la famille Walker, nous n'apprenons que des bribes de leur vies, puisque nous ne voyons que ce dont Sandra et Alice sont témoins, et ces dernières sont "enfermées" dans la maison. De fait, cette histoire est une sorte de huis clos, où les différentes parties correspondent à des pièces de la maison, et les chapitres à des personnages.

L'histoire est originale et sympathique même si l'action n'est pas au rendez-vous. Il s'agit ici d'un livre contemplatif par excellence, puisque, tout comme Alice et Sandra, nous sommes témoins de plusieurs vies mais aussi témoins du passé, des souvenirs de nos fantômes.

Alice et Sandra ont des caractères très différents. Alors qu'Alice semble mélancolique, empreinte de regrets et quelque peu triste, Sandra est beaucoup plus cynique. Leur état d'esprit correspond parfaitement à leur vécu, ce dont nous nous rendons compte vers la fin (certains indices nous laissent d'ailleurs deviner cette fin). Les dernières pages sont assez surprenantes et j'ai beaucoup aimé la conclusion.

"_ Il va clamser ici, tu verras, affirme-t-elle avant d'ajouter : arrête de m'envahir.
_ Je ne t'envahis pas.
_ Si. Tu ne me laisses pas respirer.
_ De toute façon, tu ne peux pas.
_ Je te décris ce que je ressens."

Globalement, la famille Walker n'est pas réellement attachante. Je ne veux pas en dire plus, mais l'auteur leur donne matière pour faire parler d'eux, ce qui permet de ne pas s'ennuyer dans cette quête des passés et présents.

Un livre où les fantômes ne sont ni dangereux ni effrayants mais sont des âmes au passé mystérieux et des témoins de la vie de la maison à laquelle elles sont directement liées. En revanche, j'avoue que j'attendais un peu plus que la révélation des passés de Sandra et Alice. D'autant que j'ai deviné assez vite pour Sandra, quant à Alice, même si je n'avais pas trouvé tous les détails, j'avais les grandes lignes... J'aurais aimé être plus surprise en fait. C'est intrigant, original, ça se lit bien, mais ça ne sera pas non plus le livre de l'année...

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