Risque Zéro.

Auteur : Pete Hautman
Editeur : Milan Macadam
Parution : Avril 2015
Pages : 320

RESUME :

Imaginez un monde où tout risque est supprimé, un monde où le danger n'existe plus, où tout ce qui peut nuire est banni. Rêve ou cauchemar ?

2070. EUSA, ou Etats-Unis sécurisés d'Amérique. AU nom du principe de précaution et du risque zéro, la société américaine est devenue un monde totalement aseptisé où tout ce qui peut nuire est banni. McDo a été mis à l'index, sans parler de Philip Morris ou autre.

Une société sous cloche où les formes de protection ont été poussées à leur paroxysme, où tout est régulé, encadré. Ainsi, les substances nuisibles sont interdites (l'alcool, le tabac, mais aussi les frites…), les sports à risque n'existent plus, tout le monde porte un casque et un masque de protection, etc. Mais, surtout, chaque citoyen prend une dose quotidienne de dopamine pour réguler ses humeurs, tout sentiment excessif (colère, passion…) pouvant être dangereux. Tous ceux qui contreviennent à ces diktats sécuritaires sont envoyés dans des camps de travail forcé gérés, comme par hasard, par les anciennes multinationales de l'alimentaire ou du tabac (McDo, Philip Morris…).

C'est ce qui arrive à Bo, un adolescent amoureux que la jalousie a fait sortir de ses gonds. Mais Bo a décidé de résister. Pour pouvoir respirer librement et prendre le risque de vivre. Tout simplement…

CHRONIQUE :
(14 Septembre 2015)

Cette nouvelle dystopie des éditions Milan Macadam a fait beaucoup parler d'elle. Certains avis étaient mitigés mais d'autres étaient vraiment excellents. De toute manière, je ne pouvais pas passer à côté d'une dystopie, mais j'avoue que j'en attendais beaucoup. D'autant qu'on l'a disait différente des autres. Malheureusement pour moi, cela ne l'aura pas fait. Ce roman est différent dans son schéma, oui c'est vrai. Mais la vraie différence, c'est qu'il ne se passe pas grand chose et que rien n'évolue. Pas vraiment concluant cette originalité...
Le texte est découpé en trois parties, et pour tout dire, seule la première a trouvé grâce à mes yeux.

2074, Etats-Sécurisés d'Amérique. Tout danger est proscrit : le sport ne se pratique que sur des terrains spécialement équipés pour éviter tout risque de choc (piste d'athlétisme en caoutchouc, etc...). Tout acte potentiellement nuisible est sévèrement proscrit (laisser tomber quelque chose -comme un abricot- par inadvertance sur la voie publique). En conséquence, pas moins de 25% de la population se retrouve en prison avec travaux forcés. Ce qui aide au passage bien a l'économie du pays...
Cette partie m'a beaucoup plu, et, à ce stade, je pensais adhérer totalement à cet univers, car l'auteur pousse ses explications très loin et sait nous montrer les dérives d'une telle société. Elle permet de bien comprendre l'univers. Certes peu d'action mais beaucoup de détails sur le monde de l'auteur.

"Grand-père, qui est né en 1990, m'a raconté que lorsqu'il avait mon âge, pour finir en prison aux Etats-Sécurisés (à l'époque où ça s'appelait encore "Etats-Unis"), il fallait voler, tuer ou consommer des drogues illicites.
_ Des drogues illicites ? Comme la bière ?
J'ai fait un signe en direction de son brevage maison. Il a éclaté de rire.
_ Non, Bo. La bière était autorisée à l'époque. Je te parle d'héroïne, de marijuana et de cocaïne. Ce genre de drogues.
_ On envoyait les gens en prison pour ça ?
_ Absolument.
La bière brassée "maison" de Grand-Père était l'un des secrets de la famille.
_ Et pourquoi est-ce qu'on ne régénérait pas tout simplement leurs récepteurs de dopamine ?
_ Ces technologies étaient inconnues à l'époque, Bo. C'était un monde différent.
_ D'accord, mais les envoyer dans un camp de travaux forcés... ça me semble excessif.
_ Pas plus que d'incarcérer une personne pour avoir jeté quelque chose sur la route."

Cet univers nous présente une dictature, ni plus ni moins, où la sécurité de la population est garantie au détriment de sa liberté. Alors on vit très longtemps, on exerce le métier que l'on souhaite, on ne se fatigue pas. Mais on ne prend aucune liberté et le moindre écart est sévèrement puni. Dans cette histoire, l'auteur semble vouloir montrer que supprimer tout risque est impossible, et que l'être humain ne le recherche pas forcément, le dépassement de soi faisant partie de nombreux caractères. Mais se dépasser implique de prendre des risques. Tout comme vouloir progresser, vouloir se faire plaisir, etc.

Bo a seize ans et plusieurs membres de sa famille sont en prison. Le jeune homme a hérité du tempérament colérique de son père, et cela lui vaut des ennuis, car le manque de maîtrise de soi peut entraîner des réactions à risque... Bo le sait, fait ce qu'il peut, mais pourtant...
Ce qui devait arriva, il sera arrêté et emprisonné pour comportement violent.

Et à partir de ce moment là... J'ai totalement décroché. En fait, je n'ai absolument pas compris où l'auteur voulait en venir, en quoi consistait l'intérêt de la suite et fin de ce roman.
En effet, en prison, Bo exécutera des travaux forcés, car c'est ainsi que fonctionne le pays. Mais aussi, il sera poussé à pratiquer des activités sans que celles-ci soient coupées de tout danger. Et bien malgré lui, Bo appréciera de se faire mal, de se donner à fond, malgré les risques.
Malgré les barreaux de la prison, délivré de toute règle, Bo se sentira plus libre que jamais.
Certes, cela était une bonne suite, mais après ? Eh bien il n'y a pas d'après... Toute la deuxième partie consiste à nous montrer Bo en train de pratiquer le football américain, interdit aux Etats-Sécurisés. Point. Au début, cela était sympa, mais finalement, je me suis ennuyée à mourir.

J'espérais que la troisième et dernière partie réveillerai mon intérêt mais même pas, ne comprenant toujours pas où l'auteur voulait m'emmener au final.

Certes le message est clair et on ne peut plus vrai : à force de trop vouloir la sécurité, nous supprimons la liberté. Où doit s'arrêter cette recherche du risque zéro ? Il ne faut pas se contenter d'exister, il faut aussi penser à vivre. Ce qui au passage, était un des crédos d'Oscar Wilde : "Vivre est la chose la plus rare. La plupart des gens se contentent d'exister".

Pour ne rien arranger, les personnages ne m'ont pas du tout charmée. Bo est colérique et n'a aucune retenue. Certes le monde dans lequel il évolue à tout pour taper sur les nerfs, mais je ne l'ai pas trouvé attachant. Son comportement en prison était parfois à la limite de la mesquinerie et du j'men foutisme. Il ne créera au final aucun lien, ni avec les autres personnages, ni avec moi.
Maddy, point de départ involontaire de tout ce bazar dans la vie du jeune homme (il faut toujours une fille hein...) est elle aussi peu appréciable. Alors même que tout ce foutoir est causé par elle, elle ne s'émeut pas du sort de Bo. Elle lui tournera même le dos, conditionnée par la société certes, mais tout de même.
En fait, le seul personnage qui m'a parlé, c'est le grand-père de Bo. Né dans les années 90, il a connu l'Amérique avant la période "risque zéro". Au final c'est lui le vrai rebelle de ce roman. Car, contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture, Bo n'est pas un rebelle. Il m'est apparu juste colérique et incapable de se contrôler. Cela fait une grande différence avec la rébellion. En somme, Bo est juste une vraie tête à claques.

De plus, je ne comprends pas les phrases du synopsis "fini le sport ! Interdites les passions !" En effet, tout est extrêmement contrôlé, mais le sport existe toujours, même si moins passionnant et les gens s'aiment, sortent ensemble et se marient. Je n'ai pas l'habitude de voir Macadam s'écarter autant du contexte. Certes le résumé était plus alléchant comme cela qu'en énonçant le contenu mais bon...

Bref, voilà qui est fort dommage, car cette lecture m'est apparue au début comme géniale. Je trouvais l'idée super et je pensais que Bo allait se révéler être attachant, que l'histoire prendrait une tournure de folie. Mais personnellement, qu'on me détaille match de foot après match de foot avec force précisons sur le jeu me laisse totalement indifférente. Pire, je trouve ça d'un ennui mortel.

La fin est bâclée et ne présente aucune évolution. En fait la situation reste la même qu'au début. Je n'ai rien contre les fins ouvertes, mais déjà que le milieu était lourd et peu palpitant... Bref, vous l'aurez compris, ce fut une terrible déception pour cette histoire dont l'idée de base est très bonne, mais dont le tournant pris par l'histoire est insipide.

"Le cours portait sur le "roman", une forme de média datant du XX° siècle qui aujourd'hui n'intéresse plus les moins de 60 ans. Les romans sont d'épais documents uniquement constitués de pages et de pages de caractères d'imprimerie noirs sur fond blanc : pas de photos, pas de graphiques, pas d'animations, pas de son.
[...]
Celui que nous étudiions pour le cours de Mr Peterman s'appelait
Harry Potter à l'école des prestidigitateurs, une version revue, corrigée et abrégée d'un roman à succès de la fin du XX° siècle. Grand-Père dit l'avoir lu à 8 ans. Il affirme que la version de l'époque était meilleure. Le titre n'était pas le même et, dans l'édition originale, on assistait même à la mort de certains personnages."