Sainte Marie des Ombres, Tome 3 : L'emprise des Dévorantes.

Auteur : Sophie Dabat
Editeur : Bragelonne, collection Snark
Parution : Novembre 2014
Pages : 300

RESUME :

"Lily la tatoueuse is back, les gars, et ça va saigner sur vos couennes !" - Marja Baldursdóttir.

Ce crétin m'a collé le nom de Marja Baldursdóttir. En soi, j'ai rien contre, c'est même plutôt flatteur, elle a été la première à tirer la sonnette d'alarme sur la régression de la position féminine dans notre société.
Sauf que Ballard l'ignorait complètement. Et quand je le lui ai appris, il m'a informée qu'il s'en battait autant que de son premier slip kangourou, et que si ça ne me plaisait pas, j'avais qu'à me démerder seule.
Du coup, j'ai fermé ma gueule et empoché les papiers, l'appartement et le boulot qu'il m'a trouvés sans faire ma difficile.
Je suis Marja Baldursdóttir, une trentenaire aux cheveux blonds, qui roule avec une moto bien cabossée, dotée d'un side-car pour transporter sa fille.
Eh oui, sa fille...
Ma mission : me tenir à carreau. Ça ne pouvait pas bien se terminer.

CHRONIQUE :
(16 Mai 2015)

ATTENTION SPOILER DES TOMES PRÉCÉDENTS.

Ouaoh ! Ce troisième tome de Sainte Marie des Ombres est un vrai coup de poing ! Décidément cette saga est une réussite : le personnage principal est hyper charismatique et Sophie Dabat sait renouveler l'action pour nous mener sur des terrains différents... En clair, accrochez vos ceintures, ça décoiffe dur !

Lily et Kerry ont dû fuir leur ville d'origine et repartir de zéro sous une nouvelle identité : Marja et Kiddy. Nouvelle ville, nouvelle vie, nouvelle fonction. Car par la force des choses, Lily se retrouve à devoir endosser le rôle de mère. Il est clair qu'on ne voit pas notre handicapée des sentiments explosive dans ce rôle... Pourtant elle fait de son mieux et essaie de faire profil bas. Mais toute cette nouvelle vie, ces dauphins à la con tatoués sur des culs, l'interdiction d'envoyer paître les bouffeurs d'oxygène, l'appart et même le nouveau look, cela pèse lourd sur les épaules de Marja, qui s'enfonce peu à peu dans le désespoir. État d'esprit qui rebondit évidemment sur la petite Kiddy-Kerry...
Cette première partie immersive et sanglante à la fois nous montre une Lily qui essaie de faire profil bas et essaie d'être mère... Autant vous dire que c'est beaucoup demander et se faire oublier ne fait pas partie de ses talents les plus exploitables...

"Son annonce a causé une joie quasi hystérique à Kerry, qui s'est déjà imaginé jouer avec un poupon grandeur nature ; allégresse que j'ai aussitôt tempérée en lui expliquant que non seulement Trixie ne venait pas souvent, mais qu'un nourrisson avait des manières bien particulières, à savoir que ça pisse et ça chie tout le temps, et que ça pleure en continu. Kerry a tiré la gueule trois minutes avant de reprendre sa litanie de "on va avoir un bébé!" comme si c'était un projet collectif, et Djuka m'a jeté un regard plus noir que si j'avais proposé de foutre le Gniard au congélo histoire que son père puisse le découvrir bien frais à son retour - s'il revient un jour."

J'ai adoré toutes ces pages où l'on est en plongée totale dans la tête de Lily. Les efforts, le désespoir, les changements... Encore une fois on sent tout le travail effectué par son auteure sur Lily. Sans mauvais jeu de mots, on sent que Sophie a sa tatoueuse punky dans la peau. Ce qui fait que même les rares moments calmes où Lily se contente d'aller se promener sont intéressants et se suffisent à eux-mêmes car ils sont toujours très drôles et jamais rien ne se passe comme il faut !

Après, évidemment, demander à Lily de se faire oublier c'est comme demander à la terre d'arrêter de tourner... Au final, la tranquillité déprimante prendra fin et Lily va replonger direct dans les emmerdes, le sang et les boyaux... Quand les problèmes en arrivent à menacer son entourage et surtout Kerry, notre tatoueuse relookée blondinette va prendre une décision :

"Lily la tatoueuse is back, les gars, et ça va saigner sur vos couennes !"

Eh oui. Fini de fuir. Finie l'islandaise au nom débile. Marja dégage et Lily revient en force dans sa ville natale. Elle veut la paix. Et pour ça, elle sera prête à foutre un énorme coup de pied au cul de la fourmilière. Elle va se faire mordre c'est sûr, mais le premier à dire que Lily abandonne n'est pas encore né.

"Entraînée sur ma lancée, je dégringole de l'autre côté de son meuble et plaque mon chef vénéré au mur. On vénère toujours mieux les idoles quand elles sont accrochées à une cloison, vous ne trouvez pas ? Si je déniche quelques clous, je pourrai même lui rejouer une belle scène de crucifixion, j'ai déjà été aux premières loges, je saurai faire un duplicata assez crédible. Sous l'effet du mouvement, sa chaise valdingue - il trébuche dessus - et un pied se brise. Je le ramasse de la main gauche et en applique le bout plein d'écharpes sous la paupière inférieure de mon boss."

Alors préparez-vous car la deuxième partie du livre est explosive (dans tous les sens du terme, vous comprendrez en lisant).
Et histoire de ne rien gâcher, la fin est complètement démente... Je m'attendais à un événement qui arrive dans les toutes dernières pages (m'enfin je l'avais deviné que très peu de temps avant juste parce que l'auteure avait décidé de nous laisser un indice...), mais cet événement a juste le don de refoutre un beau bordel dans le chapelet de questions qui s'égrène dans notre petite tête. Alors certes, avec ce tome, une partie de la boucle est bouclée, mais on sent que les dévorantes vont revenir en force pour la suite, avec, qui sait, peut-être une explication sur leur nature ? Après tout, il nous reste deux tomes à dévorer avant THE end.

Ce tome m'a laissée une très forte impression. Toujours aussi addictif, cette saga est unique en son genre, avec un monde semblable au nôtre si ce n'est les Dévorantes qui ont bien foutu le bordel et ont apporté une bonne dose d'anarchie. La narration est vraiment très très forte. Car Lily est particulière dans son langage, franche, cash, vulgaire, mais toujours drôle avec un humour de bon goût, j'estime sincèrement que c'est un joli tour de force de Sophie Dabat de réussir à tenir ce combo magique !
Lily est toujours ce génial personnage qui a un courage de dingue, un coeur en or, plaqué sous de la fonte et des faiblesses qui font toute sa richesse. La complexité du personnage contribue très sincèrement à la richesse du livre. Lily, c'est un personnage qu'il est impossible d'oublier, que vous aimeriez croiser dans votre vie (enfin... A condition de ne pas la contrarier hein ...).

"Mon patron m'adresse un sourire fraîcheur Gitanes. S'il ne portait pas un tee-shirt au logo au logo du TATTOOBON, on n'imaginerait jamais que ce quinquagénaire blafard, au physique d'ingénieur informaticien et au visage plus amorphe qu'un marshmallow périmé, gère un studio de tatouage. Rien en lui ne clame le rebelle ; tout est terne : cheveux gris et mous, peau de fumeur, paupières tombantes, petites lunettes rondes, fringues passe-partout. Même ses dents sont beigeasses."

Mis à part ça, nous retrouvons des personnages des autres tomes et notamment du tome 1, comme Anne, Charlène et Katia, puisque le tatouage se fait une belle part dans ce tome. Katia et Charlène apportent une touche de gaieté et d'excentricité bienvenue dans cette ambiance générale sombre et sanglante dès les premières pages.
La castagne a toujours une place prédominante et je me demande combien de temps l'auteure a passé à se renseigner sur les armes à feu... Certains passages sont juste géniaux. En parlant de ça, je tiens à noter cette particularité de Sophie, qui est toujours extrêmement documentée sur les sujets qu'elle aborde (tatouage, arme à feu ou chien, elle est calée dans tous les domaines). On sent qu'elle dépose une partie d'elle-même dans ces lignes, qu'elle y met tout son coeur. Et le résultat, ce sont des livres avec une âme.

En résumé, ce troisième tome est vraiment un coup de coeur et ne fait que renforcer la qualité de chouchou dans ma tête.

A ceux qui aiment les héroïnes atypiques et les histoires qui déménagent, Saint Marie des Ombres vous tend les bras.

"Tu es une chieuse. Une tarée. Une folle dangereuse, asociale, borderline, rancunière, suicidaire et même vaguement sociopathe sur les bords, mais tu étais devenue un vrai repère dans ma vie [...]."