Testament, Tome 2 : Alouettes

Auteur : Jeanne-A Debats
Editeur : Editions Actu SF
Parution : Mars 2016
Pages : 440


RESUME :


  Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette. Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités. 
 
Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang...


CHRONIQUE :

(01 juillet 2016)


J'étais vraiment très contente de voir à Livre-Paris cette année que le deuxième tome de Testament était sorti. J'attendais cette suite avec impatience, ayant adoré le premier tome de cette saga d'Urban-Fantasy originale et bien menée (et française vous rajoute la chauvine qui est en moi !).

La lecture du tome 1 remontait un peu (1 an et demi environ) et pour une fois, je n'avais pas fait de résumé. Pourtant, les personnages avaient une telle identité que je me souvenais parfaitement d'eux. Aucun problème donc, pour reprendre ce tome 2, d'autant que même si l'on retrouve un fil conducteur, il y a une enquête / intrigue différente à chaque tome. 

En relisant la chronique du tome 1, je me suis souvenue que l'écriture très belle mais un peu trop travaillée de l'auteur m'avait un peu gênée pour ce type de lecture. Je n'ai pas retrouvé ce problème ici. Alors certes, il y a un écart parfois entre le langage de Agnès-narratrice et de Agnès-dialogues, mais soit l'écart est moins prononcé que dans le tome 1, soit je m'y suis habituée. Les livres que nous avons lu précédemment peuvent influer sur notre perception d'une écriture. 

Nous replongeons ici dans le Paris de Jeanne-A Debats, en 2032, un Paris peuplé de vampires, garous, sirènes ou autres fantômes. Ce tome se passe moins en huis-clos et l'étude s'efface un peu au profit de beaucoup de lieux de la capitale. C'était passionnant de changer un peu d'endroits et j'aime beaucoup la façon dont l'auteur met Paris en scène. Pour un peu, je regretterais presque de mal connaître Paris.

Nous sommes quelques mois après le tome 1, et l'étude a déménagé à environ 800 mètres de l'ancien local, dans une drôle de bâtisse qui a beaucoup de charme. 

J'étais ravie de retrouver tous nos protagonistes, Agnès en tête. C'est une jeune femme très actuelle avec le comportement et le langage qui suivent. Ici, elle n'est pas au top de sa forme mentale et nous en apprenons de plus en plus sur sa vie et son passé. Choyée par ses amis qui ont couvert les environs de charmes, elle peut plus ou moins se déplacer librement entre son nouveau chez elle et l'étude, sans avoir à supporter toutes la fureur et les angoisses des fantômes. C'est une Agnès qui essaie peu à peu de ressortir dans le monde que nous côtoyons. J'aime toujours autant la jeune femme, même si ses grands questionnements sur l'amour et le sexe m'ont parfois gonflée. Toujours à devoir supporter les spectres, qu'ils soient des fantômes de morts ou de sentiments (c'est plus clair à la lecture du livre), Agnès a pour le moins une vie peu ordinaire.

Encore plus lorsque l'on travaille pour une étude notariale pour surnaturels, avec un oncle immortel et ultra puissant, un collègue vampire un peu particulier, une autre collègue sirène... et que l'on est soi-même à demi-sorcière.

"Zalia hocha sèchement du menton et, sans lien apparent avec la conversation, se précipita dans la salle de bains. Elle y laissa couler le robinet à flots grondants. Malgré le gaspillage évident, oncle Géraud ne disait rien : Zalia était une roussalka, une espèce de sirène russe d'un genre encore plus teigneux que les grecques. Les eaux vives et fraîches lui remontaient le moral et nous avions besoin que Zalia garde le moral, sinon elle noyait les clients. Surtout les clientes. Mon oncle préférait qu'ils ou elles ressortent vivants de chez nous. Ou disons plutôt : dans le même état qu'ils ou elles y étaient entrés."

les personnages font vraiment partis des grandes forces du livre. Géraud est toujours aussi exceptionnel et comme figé dans un autre temps, Navarre toujours aussi mystérieux et Zalia toujours aussi excentrique, même si je regrette que l'on ne la voie pas plus dans ce tome. Apporter des personnages originaux, aux personnalités marquées semble être une force récurrente de Jeanne-A Debats, comme en témoigne l'arrivée des nouveaux protagonistes que je vous laisse découvrir. Une fois encore je me suis régalée.

Pour autant, l'intrigue n'est pas en reste et nous sommes entraînés dans une histoire loufoque mais qui sait capturer toute notre attention. En somme, on se fait plaisir et on ne s'ennuie pas.  Et visiblement, l'Altermonde a encore plein de secrets et de surprises à dévoiler. Et dans ce tome, je ne me suis pas perdue un quart de seconde (cf la chronique du tome 1) malgré les deux enquêtes que rien ne semble relier, et pourtant... 

"Ma concentration perverse, obnubilée par l'état de mon nombril, me permit d'éviter de sursauter lorsque le fantôme de la station Hôtel de Ville, un suicidé récent, avait tenté de traverser mes protections portatives. Je l'entendis à peine brailler qu'on l'avait poussé.
Les suicidés catholiques ne sont pas dignes de confiance. Ils ont trop à perdre."
 

Pour le bémol, je dois avouer que sur la fin, l'auteur incorpore des passages d'une pièce de théâtre et j'ai personnellement trouvé cela long... Jeanne-A Debats a une énorme culture générale et nous offre pas mal de références diverses et variées. Alors autant j'ai trouvé le parallèle avec Roméo et Juliette assez excellent, autant un passage complet d'une pièce de théâtre, là je dis non. 

Ici, on n'a pas affaire à de l'Urban-Fantasy explosive et bourrée d'action, mais à un monde riche et varié, aux lieux, personnages et histoires recherchées. Assez contemplatif mais captivant et poétique malgré quelques menues longueurs. 

En bref, si vous cherchez un livre d'Urban-Fantasy (qui se passe en France pour une fois !) vraiment captivant mais aussi drôle et original, je ne saurais que vous conseiller cette saga ! 

PS : je tiens à noter les couvertures splendides et originales de cette série. J'ai conscience que le style est particulier, mais personnellement j'adore, d'autant que les deux tomes sont vraiment assortis. Merci à Damien Worm pour cette superbe illustration.