Uglies, Tome 1.

Auteur : Scott Westerfeld
Editeur : Pocket Jeunesse
Parution : Mars 2015 pour la réedition
Pages : 400

RESUME :

ally aura bientôt seize ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s'apprête à subir l'Opération et à intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis, Tally n'aura plus qu'une préoccupation, s'amuser... Mais la veille de son anniversaire, Tally découvre le monde des rebelles. Là-bas, elle apprend que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu'un secret d'État : une manipulation. Que va-t-elle choisir ? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection ?

CHRONIQUE :
(14 Mars 2016)

Alors... Comment vous dire que je ne m'attendais pas du tout à ça en lisant ce livre ? Avec Uglies, je m'attendais à une petite dystopie sympa (un peu fifille), qui serait fraîche avec de beaux messages sur l'apparence etc... Bref il me tentait mais j'en attendais pas des miracles non plus.
Mais... On ne m'avait pas prévenue qu'il était aussi... Génial ! De fait, l'univers dystopique est extrêmement travaillé, et prend autant de place que le thème de l'apparence, auquel il se fond à merveille. Bref, un parfait équilibre.

"Et les gens s'entretuaient pour de simples questions de couleur de peau. Alors, qu'est-ce que ça peut faire si tout le monde se ressemble? C'est la seule manière de rendre les gens égaux."

Nous rencontrons donc Tally, Uglie de son état qui va sur ses 16 ans. Seize ans, l'âge de devenir enfin belle. L'âge de devenir une Pretty, d'avoir le droit à l'opération. La consécration, enfin. Lorsqu'elle sera belle, elle pourra changer de ville pour passer de Uglyville à New Pretty Town. Cette dernière est en effet interdite aux Uglies. Mais patience, c'est chacun son tour. Et une fois là-bas, l'emploi du temps sera des plus agréables : fêtes et rires jusqu'au bout de la nuit. En attendant, en dehors de l'école, Tally s'occupe... En faisant des bêtises.

Il faut dire que son meilleur ami Peris, de trois mois plus âgé, et déjà devenu un Pretty. Alors Tally s'ennuie. Jusqu'à ce qu'elle fasse la connaissance d'une autre Uglie : Shay. Cette dernière, ayant le même goût du risque que Tally, deviendra vite sa meilleure amie. Elle lui transmettra le plaisir de faire de la planche (électromagnétique) et les deux comparses se feront des virées nocturnes dans les ruines de l'ancien monde.

Mais Shay ne semble pas aussi enthousiaste que Tally à devenir une Pretty. Car Shay à un secret : les rebelles. Dont elle parlera à Tally. Qui devra alors se poser les bonnes questions. Qu'y a-t-il derrière l'opération ? De l'altruisme ou de la manipulation ?

Ce roman est extrêmement riche, et il est impossible de vous en parler en profondeur sans spoiler. Je ne fais qu'effleurer la surface, mais j'avoue que la surprise est de taille, et qu'elle vaut le coup d'être découverte au fur et à mesure de la lecture. Tout ce que je dirai, c'est que nous sommes loin de rester enfermés dans la ville des "moches".

"Tally escalada les rochers et se glissa dans la grotte, disparaissant dans les ténèbres. Elle s'enfonça aussi loin qu'elle en eut le courage, espérant que les tonnes de rocher au-dessus de sa tête suffiraient à annuler toute trace d'elle-même. Lorsque la minuscule tache de lumière marquant l'entrée de la grotte fut réduite à la taille d'un œil, elle s'écroula enfin sur la pierre, pantelante, les mains tremblantes.
Elle avait réussi.
Réussi quoi, au juste ? Elle n'avait plus de chaussures, plus de planche, plus d'amis, pas même un purificateur d'eau ou un sachet de SpagBol. Et où s'enfuir ?
Tally était entièrement seule.
_ Je suis fichue, dit-elle à haute voix."

L'auteur nous offre un univers dystopique original et extrêmement bien travaillé. Afin d'amener une égalité entre les gens, la beauté est stéréotypée et chaque ado de 16 ans subit une opération : on casse les os pour les remodeler, on vous fait repousser votre peau, sans imperfection, du plastique évolué remplace avantageusement les pommettes ou autres... Bref, tout le monde sera beau et logé à la même enseigne.
J'ai beaucoup aimé le travail sur le mental des personnages, notamment la réflexion sur la notion de beauté et de normalité. On apprend à l'école que la beauté répond à tel stéréotype et, ainsi , Tally considère tous les Uglies comme moches et les Pretties comme magnifiques. Tally estime que l'opération n'est que positive, donnant la même chance à tout le monde. Plus de différence physique, plus de discrimination.
Shay a une vision assez différente des choses. Même si elle n'est pas particulièrement belle, en tout cas en fonction des canons de beauté de ce monde : trop maigre, yeux trop écartés, etc, elle s'arrange fort bien de son visage. Qui pour elle la rend unique, lui donnant son identité, les Pretties étant à ses yeux tous semblables, comme des moutons.

"La veille , on avait pris les dernières mensurations de Tally en la faisant passer à travers un tube d'imagerie médicale. Devait-elle répondre à ce jeune Ugly qu'on était sur le point de lui ouvrir le corps, de lui écraser les os pour leur donner la forme voulue, d'en rallonger certains ou en rembourrer d'autres, de remplacer le cartilage du nez et des pommettes par du plastique reprogrammable, de lui poncer la peau et lui en semer une nouvelle comme on sème du gazon sur un terrain de foot au printemps ? Qu'on allait lui retoucher les yeux au laser pour lui garantir une vision parfaite toute sa vie, qu'on lui insérerait des implants réfléchissants sous l'iris pour mettre quelques paillettes dorées dans leur teinte brune banale ? Que ses muscles seraient entrainés toute la nuit par impulsions électriques, et que sa graisse de bébé serait définitivement liposucée ? Qu'on lui remplacerait les dents par des céramiques aussi résistantes qu'une aile de navette suborbitale, et aussi que le service en porcelaine du dortoir ?"

Ensuite l'univers dystopique est passionnant. Les Rouillés (nous quoi) ont amené la terre à sa perte, l'exploitant beaucoup trop (la raison de leur perte et originale,et... un brin farfelue). Ainsi le monde rebâti fit attention : on ne coupe pas les arbres pour construire, les bâtiments tiennent grâce à un champ de force magnétique, on ne mange pas d'animaux, on ne vit pas dans la nature mais dans des villes, afin de laisser cette dernière en paix... Le monde est légèrement futuriste et ne tient que grâce à ce champ de force : bâtiments, véhicules, tous en dépendent. Dans tous les cas, on sent qu'il en a sous le coude, cet univers, et beaucoup de questions restent en suspens et trouveront j'espère leurs réponses dans la suite. Par exemple je suis assez étonnée de leurs ressources. Certes une fois adultes, les Pretties travaillent, mais ils leur suffit de demander quelque chose pour qu'ils l'obtiennent.

Tally est un personnage en constante évolution. De par son éducation, en début de roman, elle est parfaitement égoïste et nigaude. Elle ne pense qu'à elle et Peris, son amour de jeunesse, à devenir belle et à faire la fête sans s'arrêter. Superficielle ? Complètement. Inconsciente aussi, puisqu'elle fait mille et une bêtises sans se soucier des conséquences. Normal, les Uglies ne sont jamais punis, les Pretties non plus du reste, mais ils sont plus calmes, étrangement (ou pas). Mais les évènements vont lui ouvrir les yeux et la faire évoluer. Elle apprendra à donner pour les autres, à voir au delà des apparences. Pourtant son comportement aura déjà eu des conséquences dramatiques... Vous l'aurez compris, Tally n'est pas l'héroïne modèle par excellence mais elle illustre à merveille les personnalités créées par cette société.

" La femme semblait à l'agonie, les côtes saillantes, les jambes si fines que Tally se demanda par quel miracle elles ne se brisaient pas sous son poids. Ses coudes et ses os pelviens pointaient comme des aiguilles. Et pourtant elle se tenait là, souriante, dénudant fièrement son corps, comme si elle venait de subir l'Opération et n'avait pas réalisé qu'on lui avait retiré beaucoup trop de graisse. Détail amusant, son visage était sans doute plus beaux que tout ceux qu'on voyait dans le "magasine". Elle avait de grands yeux, la peau lisse, un petit nez, mais ses pommettes étaient trop accusées, et le crâne presque visible sous la chair.
_ Qu'est ce qui a bien pu lui arriver, la pauvre ?
_ C'est un mannequin.
_ Un quoi ?
_ Un espèce de Pretty professionnelle. Être belle dans son cas est un métier, en quelques sorte. "

En résumé, une excellente surprise pour ce livre addictif, un univers original qui nous emmène au delà des apparences.

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